Je me souviens de mes fréquentes visites dès l’âge de 12 ans à Pantip Plazza, la Mecque du high-tech à Bangkok. Grand immeuble cubique blanc-sale de cinq étages, ce lieu vendait (et vend toujours) tout et n’importe quoi en rapport avec l’informatique. Mais ce qui était surtout fascinant, c’était le 2ème étage qui ne vendait pratiquement QUE des contrefaçons de logiciels. A l’époque, il n’y avait pas encore Internet à haut débit, et la vente de CDs piratés était une véritable foire. Logiciels, films, jeux, musiques, tout était gravé, avec une belle pochette en couleur, et se vendait généralement 120 bahts, soit environ 2 euros.
Bien entendu, la contrefaçon touchait aussi les marques de vêtements. Aujourd’hui, t-shirts Diesel, Quicksilver, ceintures DG, sacs à main Prada et Louis Vuitton contrefaits, restent toujours en vente dans des stands à même la rue dans de nombreux quartiers et marchés à Bangkok, et même dans certains grands centres commerciaux.
La qualité varie, mais les prix sont tellement bas que le touriste résiste difficilement. Un jeans Diesel pour l’équivalent de 7 euros ? C’est visuellement presque identique, et force est de reconnaître le souci du détail de la contrefaçon, qui presque s’efforce d’ériger la copie au rang d’art.
Mais ce qui est étonnant est l’ambiance complètement détendue dans laquelle se déroulent les ventes, uniques à la Thaïlande. Les vendeurs emploient leurs sens du service et l’hospitalité typiquement thaïe pour mettre le touriste à l’aise, lorsque celui négocie sa copie d’une montre Rolex, ou qui chez son tailleur, se fait couper un costume “Armani”.
A Bangkok, la culture de la contrefaçon a donné naissance à une véritable industrie, avec une exposition et une audace rarement vues ailleurs.
Près de 60% de tous objets contrefaits saisis en Europe proviendraient de Thaïlande (Source : International Anti-Counterfeiting Coalition).
Sous la pression des lobbys, il y a bien sur quelques descentes de police. Je me souviens de cette image dans un journal local d’un bulldozer écrasant plusieurs millions de CDs piratés. Cependant, ces représailles semblent loin d’ébranler le monstre.

Destruction annuelle de DVD piratés à Pathum Thani, une banlieue proche de Bangkok.
On peut se demander comment est organisée l’industrie de la contrefaçon. De nombreux objets proviendraient de Chine, de Birmanie, et du Cambodge, via les réseaux.
Des services de copie assez questionnables sont parfois directement offerts par des réseaux de crime organisé, comme les copies de cartes d’identités, de diplômes, ou d’autres papiers.
On se demande alors quelle est la réelle réflexion politique sur le phénomène. La contrefaçon certes ternit l’image du pays, mais va t-elle contre son développement ? Il y a t-il exploitation de travailleurs ?
Peut-être que les hommes politiques contemplent combien d’enfants thaïs sous-privilégiés ont pu profiter quasi-gratuitement des derniers logiciels informatiques - inabordables par la voie classique, et se disent que finalement, la contrefaçon, ce n’est pas si mal après tout
Le but de ce blog est d'aller au-delà des informations touristiques, afin de plutôt de s'intéresser à l'évolution de la société thaïe, sa culture, et à la politique actuelle.