Jamais la société Thaïlandaise n’a été autant divisée depuis quelques années. Cette division n’est pas simplement celle des populations pauvres des campagnes et de l’élite bourgeoise royaliste de Bangkok.
La division est présente au sein même des familles thaïes.

En jaune les royalistes, en rouge les militants pro-taksin
Pour comprendre l’instabilité qui règne actuellement, il faut voir à quel point le conflit politique interminable en Thaïlande est lié au sujet tabou de la monarchie.
Faisant l’une de ses rares apparitions publiques l’année dernière, peu avant son anniversaire, le 81ème en décembre dernier, le roi Rama XI fait bien son âge. La mort de sa sœur ainée la princesse Galyani fin 2008, a rappelé aux Thaïs que, malgré son statut quasi-divin, le roi n’est pas immortel.
Ce qui se passera à la fin du règne de Rama XI soulève de nombreuses inquiétudes, tant le roi a de l’importance pour les thaïlandais, et que la nation thaïe semble non-préparée à vivre sans le “Père”, comme ils le surnomment affectueusement.

Le Roi Rama IX, la Reine, et le Prince (à droite).
Une telle vénération a pour origine, en partie, la guerre du Vietnam, quand les Etats-Unis trouvèrent en le roi Bhumibol un allié contre la progression du communisme, et soutinrent activement la monarchie. L’intelligence et le charisme du roi Bhumibol permit l’émergence de l’une des royautés les plus prospères d’Asie du Sud.
Aujourd’hui encore, des lois de lèse-majesté, parmi les plus dures au monde, empêchent toute critique de la royauté. Cela a eu un effet marquant non seulement sur les Thaïs mais aussi sur toute une génération de diplomates occidentaux, d’académiciens et de journalistes qui, à part quelques exceptions, se sont souvent auto-censurés.
La Thaïlande se veut être une démocratie moderne avec un parlement et un gouvernement élu démocratiquement. Cependant, la relation ambiguë entre le roi et le pouvoir rend cette démocratie fragile voire illusoire.
L’influence du roi est telle que ses souhaits sont souvent perçus comme des ordres.
Thaksin Shinawatra, ancien premier ministre en exil, après le coup d’état par des généraux royalistes en 2006 (soutenus par un mouvement d’opposition constitué des élites traditionnelles de Bangkok), représente symboliquement l’opposition à la monarchie.
Riche homme d’affaire à la tête d’un empire télécom, Thaksin est apparu il y a 5 ans comme l’homme qu’il fallait pour accélérer le développement économique de la Thaïlande.
Bien qu’étant soupçonné d’être lié à des affaires de corruption massives, la destitution de Thaksin et de son parti par un coup d’état est clairement non-démocratique. La tenue de nouvelle élection, et la victoire d’un parti (PPP) supportant Thaksin a contribué à la continuation des tensions.

Thaksin Shinawatra
Le People’s Alliance for Democracy (PAD), groupement d’opposition à Thaksin et fidèle au roi, dont les militants sont reconnaissables à leurs t-shirts jaunes (la couleur royale), ont occupé le siège du gouvernement depuis aout, puis les aéroports de Bangkok, créant un chaos massif.
Le PAD reprocherait à Thaksin, outre l’abus de pouvoir, une politique populiste qui viserait à terme la destitution de la monarchie.
En 2008, un tribunal constitutionnel a ordonné la dissolution des partis supportant Thaksin, dont le PPP, le gouvernement en place, mettant fin aux blocages.
Mais cette dissolution, dont certains analystes pensent qu’elle mettra un terme à la crise politique, risque au contraire de mener à un conflit beaucoup plus large.
Tout d’abord parce que dans les faits, cette dissolution est anti-démocratique.
Ensuite parce que de nombreux militants du PAD n’ont pas été jugés pour leurs actes illégaux, comme la prise du siège du gouvernement, ou l’occupation des aéroports.
L’émergence des “t-shirts rouges”, par opposition aux “t-shirts jaunes” du PAD, montre clairement que le conflit est loin d’être réglé.
Des populations rurales ayant voté pour Thaksin ou pour le PPP, ont le sentiment d’être flouées car leurs votes légitimes ont été annulés par deux fois.

Moine supportant les "tshirts rouges".
La peur de se qui se passera à la fin du règne de Rama IX est réelle, d’autant plus que d’après des superstitions numérologiques, rien de bon n’arrivera après le “9ème”.
N’enlevant rien des craintes, le seul et unique prince héritier, Vajiralongkorn, n’est guère populaire auprès de la population thaïe où il souffre d’une mauvaise réputation, contrairement à son père.
Comme le dit un officiel du palais, “Quand nous disons ‘longue vie au Roi’”, nous le pensons vraiment, car nous ne pouvons pas imaginer quelle sera la prochaine étape.
Rejeter entièrement le blâme de l’instabilité sur la monarchie serait une erreur, la royauté en Thaïlande ayant été depuis des siècles la raison pour laquelle celle-ci a pu rester indépendante face aux colonisateurs occidentaux (voir cet article), et ayant été une source de stabilité.
Le roi Rama IX est de plus reconnu pour sa générosité et pour être proche de son peuple, et semble avoir toujours voulu faire ce qu’il pensait être le mieux pour son pays.
Aujourd’hui pourtant, son long silence n’arrange rien à la paralysie politique.
Une première étape serait peut-être l’abolition des lois de lèse-majesté, afin de permettre un véritable débat national. Les jaunes et les rouges pourraient continuer le combat dans les urnes, et démocratiquement en tant que partis.

Rien de tel que de dîner ou de boire un cocktail exotique en fin d’après-midi au sommet d’un gratte-ciel à Bangkok, avec la vue panoramique sur le soleil se couchant sur la rivière Chao Praya, et sur la métropole qui s’illumine à la nuit tombée.
Souvent assez classes et chics, ces bars-restaurants dans les hauteurs attirent le beau monde de Bangkok, sa jeunesse branchée et bourgeoise, et bien sûr les touristes de passage dans la capitale thaïlandaise.
Si vous chercher à organiser une soirée romantique et à impressionner votre moitié, je vous conseille le Moon Bar (Vertigo), situé au 61ème étage du Banyan Tree Bangkok. Préférez un ciel bien dégagé, car un télescope sur la plateforme permet d’observer les étoiles, rendant la soirée magique.
Lisez l’article suivant pour connaitre les bars et restaurant panoramiques à Bangkok.

Le Moon Bar
Je me souviens de mes fréquentes visites dès l’âge de 12 ans à Pantip Plazza, la Mecque du high-tech à Bangkok. Grand immeuble cubique blanc-sale de cinq étages, ce lieu vendait (et vend toujours) tout et n’importe quoi en rapport avec l’informatique. Mais ce qui était surtout fascinant, c’était le 2ème étage qui ne vendait pratiquement QUE des contrefaçons de logiciels. A l’époque, il n’y avait pas encore Internet à haut débit, et la vente de CDs piratés était une véritable foire. Logiciels, films, jeux, musiques, tout était gravé, avec une belle pochette en couleur, et se vendait généralement 120 bahts, soit environ 2 euros.
Bien entendu, la contrefaçon touchait aussi les marques de vêtements. Aujourd’hui, t-shirts Diesel, Quicksilver, ceintures DG, sacs à main Prada et Louis Vuitton contrefaits, restent toujours en vente dans des stands à même la rue dans de nombreux quartiers et marchés à Bangkok, et même dans certains grands centres commerciaux.
La qualité varie, mais les prix sont tellement bas que le touriste résiste difficilement. Un jeans Diesel pour l’équivalent de 7 euros ? C’est visuellement presque identique, et force est de reconnaître le souci du détail de la contrefaçon, qui presque s’efforce d’ériger la copie au rang d’art.
Mais ce qui est étonnant est l’ambiance complètement détendue dans laquelle se déroulent les ventes, uniques à la Thaïlande. Les vendeurs emploient leurs sens du service et l’hospitalité typiquement thaïe pour mettre le touriste à l’aise, lorsque celui négocie sa copie d’une montre Rolex, ou qui chez son tailleur, se fait couper un costume “Armani”.
A Bangkok, la culture de la contrefaçon a donné naissance à une véritable industrie, avec une exposition et une audace rarement vues ailleurs.
Près de 60% de tous objets contrefaits saisis en Europe proviendraient de Thaïlande (Source : International Anti-Counterfeiting Coalition).
Sous la pression des lobbys, il y a bien sur quelques descentes de police. Je me souviens de cette image dans un journal local d’un bulldozer écrasant plusieurs millions de CDs piratés. Cependant, ces représailles semblent loin d’ébranler le monstre.

Destruction annuelle de DVD piratés à Pathum Thani, une banlieue proche de Bangkok.
On peut se demander comment est organisée l’industrie de la contrefaçon. De nombreux objets proviendraient de Chine, de Birmanie, et du Cambodge, via les réseaux.
Des services de copie assez questionnables sont parfois directement offerts par des réseaux de crime organisé, comme les copies de cartes d’identités, de diplômes, ou d’autres papiers.
On se demande alors quelle est la réelle réflexion politique sur le phénomène. La contrefaçon certes ternit l’image du pays, mais va t-elle contre son développement ? Il y a t-il exploitation de travailleurs ?
Peut-être que les hommes politiques contemplent combien d’enfants thaïs sous-privilégiés ont pu profiter quasi-gratuitement des derniers logiciels informatiques - inabordables par la voie classique, et se disent que finalement, la contrefaçon, ce n’est pas si mal après tout
Le but de ce blog est d'aller au-delà des informations touristiques, afin de plutôt de s'intéresser à l'évolution de la société thaïe, sa culture, et à la politique actuelle.